Karen Young
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Nice Work if you Can Get it

“Son nouvel album est incontournable. Karen Young sert un superbe protest jazz” Patrick Gauthier, Journal de Montréal

“... à ce que je sache, aucune chanteuse de jazz au monde ne fait actuellement ce qu'elle nous a proposé... ”Alain Brunet, La Presse

“Le disque le plus risqué et le plus réussi de Karen Young”Claude Côté, Voir

“En plus des compos originales admirablement servies par sa voix céleste, elle nous offre en prime, comme dérobée au nirvana, une version chantée du “Stolen Moments” d'Oliver Jones. Sublime. ”Sylvio Palmieri, ICI


Présentation

Après avoir célébré la musique du monde —voyage à travers l'histoire et la culture qui a culminé avec la réalisation de Good News on the Crumbling Walls— et avec tout cette expérience acquise au cours des années, il était temps d'écrire mes propres chansons. J'ai donc décidé de commencer avec le jazz.

Je savais ce que je voulais et je désirais composer sans la présence de nombreux musiciens autour de moi. Je me suis donc assise à l'ordinateur et apprise un nouveau programme pour composer. Je voulais être responsable de toutes les notes, de toutes les harmonies; pour la contrebasse, pour la batterie et aussi pour les cuivres, qui forment ici le coeur de mes arrangements. Je fus ravie du résultat, puisque je n'avais fait jusque là que des arrangements vocaux et des chansons simples à la guitare ou au piano.

Nice work if you can get it marque donc le début d'une nouvelle étape de ma vie musicale en tant que compositrice. C'est donc le premier de mes albums “concepts”.


  1. Intro (George Gershwin)
  2. Look ma no hands (Karen Young / Karen Young)
  3. Stolen moments (Karen Young / Oliver Nelson)
  4. Danger (Karen Young / Karen Young, T. Jackson)
  5. Interlude (George Mitchell)
  6. Falling thru (Karen Young / Karen Young)
  7. Hi sunshine (Karen Young / Karen Young)
  8. Hard in the street (Karen Young / Karen Young)
  9. Voices in the dark (Karen Young / Karen Young, Norman Lachapelle)
  10. T'seul (R. Morin / R. Morin)
  11. Jean's song (Karen Young / Karen Young)
  12. Epilogue (Marc Villemure)
  13. Bebop macedoine (Trad.)

Réalisation — Karen Young
Arrangements — Karen Young, sauf (3): Oliver Nelson

MUSICIENS
Martin Auguste — batterie
Kelsey Grant — trombone
Norman Lachapelle — pour (9): basse électrique, synthétiseur
Bill Mahar — trompette
George Mitchel — contrebasse
Charles Papasoff — clarinette basse, flûte, saxophones soprano, alto, ténor et baryton
Marc Villemure — guitares électrique, acoustique et synthe

SON
Enregistré au Studio Divan Vert
Prise de son — Jean-Jacques Bourdeau
Mixage — Jean-Jacques Bourdeau, Karen Young
Matriçage — Bill Kipper, Les Disques SNB

POCHETTE
Photographie et photomontage — André Roussil
Infographie — Martine Thériault (1er ed.), Susan Valyi (2e ed.)


Critiques

Son nouvel album est incontournable
Karen Young sert un superbe protest Jazz
Patrick Gauthier, Le Journal de Montréal

Si les grandes chanteuses de jazz sont rares, les grandes chansons, elles, brillent carrément par leur absence. Pour se sortir de la prison des standards, Karen Young, une grande chanteuse de jazz, s'est installée devant son ordinateur et a nous a concocté huit pièces qui se retrouvent sur son brillant nouvel album, Nice work if you can get it.

Intéressant sur papier, le nouveau disque de Karen Young livre ses promesses. Le jazz de la chanteuse est à fois respectueux des traditions et avant-gardiste, alors que ses textes, porteurs d'un contenu social sans pareil dans le jazz actuel, nous ramènent à une tradition que l'on pensait oubliée. Avec un titre pareil, on comprendra qu'il est beaucoup question de travail —ou plutôt du manque de travail— sur le disque de Karen Young, la chanteuse livrant par le fait même un espèce de protest jazz. “Je n'ai pas fait exprès”, s'excuse presque la chanteuse, rencontrée hier après-midi.

“Avant de commencer le travail sur ce disque, j'avais déjà trois pièces d'écrites, dont Falling thru, qui traite du stress relié à la perte d'un emploi. J'ai décidé de fouiller ce thème et quand je suis tombée par hasard sur le poème d'Ira Gershwin, Nice work if you can get it, tous les morceaux ont semblé tomber en place.”

Le volet texte du cirque de Karen Young expliqué, attardons-nous aux musiques. Des musiques complexes, hybrides, ou les excellents musiciens avec qui elle a travaillé s'éclatent à fond alors qu'elle, parfois, se retrouve loin derrière. “Je voulais que le disque ait une couleur: la polyphonie. Je voulais que ma voix sonne comme un brass (un cuivre) et que les brass sonnent comme ma voix. Pour ce qui est de ma présence, j'ai tellement trippé sur les musiciens que je leur ai laissé tous les solos.”

Il faut dire que ces musiciens —Charles Papasoff, Kelsley Grant, Bill Mahar, George Mitchell, Marc Villemure et Martin Auguste, avec une participation de Norman Lachapelle— comptent parmi les meilleurs de la scène jazz montréalaise. Avec Nice work if you can get it, Karen Young livre un disque important. Le disque qui pourrait vraiment la mettre sur la carte internationale...


Karen Young, Nice Work if you can get it
Claude Côté, Voir

Karen Young est passée du tandem de son dernier, Second time around, à l'effort collectif sur Nice work... Le résultat est probant. Tout le groupe de Charles Papasoff y est: Kelsley Grant au trombone; Bill Mahar, le trompettiste montréalais d'Altsys; Norman Lachapelle, Marc Villemure, etc. Young, elle, semble tellement heureuse d'être ainsi entourée, qu'on la sent en plein contrôle de son timbre vocal. Confiante, elle laisse ses fantaisies musicales prendre forme. L'apport des cuivres est l'élément surprise de ce disque à la fois audacieux et original: Klezmer (Hard in the Street), introspectif (Look Ma No Hands), reprise (Stolen Moments, d'Oliver Nelson), soul jazz (Danger), etc. Le disque le plus risqué et le plus réussi de Karen Young.


L'alliage remarquable de Karen Young
Alain Brunet, La Presse

Karen Young a mis du temps avant de bien canaliser toutes ses forces créatives. Elle a fait dans le jazz standard, puis elle s’est progressivement ouverte à de multiples influences. Avec Michel Donato, elle avait réussi à créer un duo inédit durant les années 80, jusqu’à ce qu’elle éprouve un sentiment d’ennui.

Sentiment prématuré, à mon sens, mais bon. Puis elle a fait dans l’éclatement stylistique: chanson, folk, musiques du monde et autres influences se voyaient entremêlées dans une approche qui m’a longtemps semblé inachevée. Les années ont passé et le déclic s’est produit. Karen Young a renoué avec Michel Donato, le fameux duo a repris du service, puis la chanteuse a imaginé le plus beau projet de sa vie artistique : lancé il y a quelques semaines à peine, Nice Work If You Can Get It s’avère son meilleur disque. Et c’est ce qu’on a entendu hier au Spectrum.

D’entrée, elle a livré une courte première partie fort sympathique avec Donato, qui s’est terminée avec un Bebop bulgare, une des plus belles pièces du tandem - très complexe sur le plan rythmique, la composition fait état de ses influences balkanique et orientales. Après la pause, la chanteuse montréalaise se lançait dans le Bebop Macédoine, appuyée par un orchestre des plus solides. Au trio le plus hip en ville (Charles Papasoff aux saxes, Martin Auguste à la batterie, George Mitchell à la contrebasse) s’ajoutaient le guitariste Marc Villemure, le tromboniste Kesley Grant et le trompettiste Bill Mahar.

Quel récital, mes amis! L'Orient, l'Europe de l’Est, le Delta du Mississippi, la chanson québécoise (d’expression anglaise ou française), le bebop de Harlem, le jazz raffiné d’Oliver Nelson ou la fanfare sophistiquée de Kurt Weill devenaient les métaux d’un alliage remarquable, inédit. Celui de Karen Young.

A ce que je sache, aucune chanteuse de jazz au monde ne fait actuellement ce qu’elle nous a proposé hier soir. Reste à espérer que des scribes étrangers, programmateurs de festivals ou présidents de compagnie de disques étaient présents. Et répandront la bonne nouvelle. […]


Karen Young, Nice Work if You Can Get It
Sylvio Palmieri, ICI

Entourée d'un dream band incluant le multi-soufflant Charles Papasoff, le trompettiste Bill Mahar, les bassistes George Mitchell et Norman Lachapelle, la diva montréalaise signe ici un album alliant la spontanéité d'une jam-session à la rigueur d'une suite musicale. En plus des compos originales admirablement servies par sa voix céleste, elle nous offre en prime, comme dérobée au nirvana, une version chantée du “Stolen Moments” d'Oliver Jones. Sublime.


Karen Young, hilare au-dessus du vide
Sylvain Cormier, Le Devoir

Rien qu'à regarder la photo du livret, houlà, j'ai le vertiiiiiige. Sueurs froides à la base du cou, jambes qui flageolent, souffle court: je souffre. Si j'avise le sol, c'est sûr, je tombe, je m'aplatis sur le bitume, splatche. Karen Young, elle, pieds nus, en robe à corsage généreux, chevelure dense et ondulante livrée au vent, sourire épanoui, se balance comme une petite fille heureuse sur la poutre d'un bâtiment en chantier, à quarante étages au-dessus du vide. A ses côtés, des musiciens, instruments en main, devisent sans s'énerver. Seul Jean Lacasse, le compagnon-gèrant de Karen, semble un peu moins rassuré, ce qui me rassure un peu.

C'est un photomontage. Arrangé avec le gars du vues. N'empêche que j'ai vérifié dans les notes du livret. Avec ces gens-là, on ne sait jamais. Sont capables de tout. Z'ont peur de rien. Surtout Karen Young. Le vide, le gouffre, l'inconnu, elle connait. Elle ne connait même que ça, en bonne freak pure et dure qu'elle est depuis le temps des Janis, Joni et Laura (Laura Nyro, créatrice récemment disparue de Wedding Bell Blues et Eli's Coming, à qui le disque est dédié).

Karen Young est la dernière authentique hippie, méprisant gloire et argent, comme le dit si bien Ira Gershwin en 1937 dans la chanson-titre, préférant l'amour et la liberté. La vraie liberté, celle qui s'éprouve au contact des différences. Celle qui vit sans tapis sous les pieds. C'est pourquoi, si elle a chanté de tout, tâtant aussi résolument de Richard Desjardins que des chants russes, du Hendrix et de la musique atonale, Karen Young revient toujours au jazz, avec ou sans son vieil acolyte Michel Donato.

Parce qu'on n'est jamais aussi libre que dans le jazz. Même avec un tas de musiciens, ici le renommé trio de Charles Papasoff et quelques autres pointures locales, libre à plusieurs, en jazz, c'est encore plus libre. Et plus amusant. Karen Young s'amuse comme jamais sur le bien-nommé Nice work if you can get it, à partir d'un bon nombre de ses chansons et quelques-unes d'autrui. Son plaisir se mesure par l'incroyable élasticité des arpèges: la chanteuse part dans toutes les directions, toujours mélodique, toujours audacieuse.

Look Ma No Hands, en cela, est une sorte de profession de foi: “There's a whole new generation of 64th note freaks/ Here's to Old Faithful and Music in our bodies/ Here's to rhythm, the Melody in our souls.../ And Harmony in our fingers, Look Ma, no hands!”

Je ne la suis pas partout, Karen. À cause dudit vertiiiiige. Je suis forcément plus confortable avec les caresses nocturnes de T'seul ou le délicat jazzy-folk de Jean's Song qu'avec le cirque kurtweillien de Hard in the Street. Mais elle a toujours cette voix qui est une main tendue et qui dit sur autant de tons qu'elle a de doigts: viens, aie pas peur, tu vas voir comme c'est grisant sur la poutre. Sur disque, laissé à moi-même, je ne dis pas toujours oui. Mais en spectacle, généralement, je monte aussi haut qu'elle veut: l'effet d'entrainement est trop puissant. Dans le cadre du FIJM au Spectrum le 4 juillet, avec Donato en première partie et son sextuor en seconde, il se pourrait que Karen Young élargisse tellement la poutre que toute la salle tienne dessus.