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“On connaît déjà la contribution considérable de Karen Young au patrimoine des thèmes jazzistiques. Mais sa nouvelle passion est la chanson, cette vieille flamme francophile que Young convoitait comme une fantaisie inachevée... Avec La Couleur du Vent, à la manière d’une Jane Birkin, elle arrondit, sans pudeur ni retenue, les contraintes du phrasé français d’une déconcertante façon...” —Claude Côté, Voir
“Une belle fusion Jazz–impressionnisme et poésie québécoise. Une approche contemporaine.” —Francine Charette, Club-Culture
Je présente sur cet album une fusion entre le jazz et l'impressionisme, inspirée côté jazz par Gil Evans et Miles Davis, et côté impressionisme, par Érik Satie, Claude Debussy et Maurice Ravel. La musique a été élaborée autour de poèmes d'ici.
Quand je chantais avec la chorale de Carol Harris, celle-ci parlait souvent de "word painting" pour exprimer les liens entre les mots, les images et la musique. La musique qui est née à partir des poèmes que j'ai retenus a donc une forte résonance impressionniste.
Les peintres et les compositeurs de l'époque impressioniste évoquaient les jeux d'ombre et de lumière qui jouent sur nos perceptions et mettent à nu notre sensibilité. Lors d'une visite au musée d'Orsay à Paris, je regardais chaque toile de très près. Je ne percevais que les coups de brosses, de pinceaux ou de spatules, mais en reculant l'image apparaissait lentement. Soudainement, c'était comme si j'avais mis des lunettes, l'image apparaissait claire.
Il en est de même de la musique de cet album. La subtilité des jeux entre les instruments n'apparaît pas au premier abord. L'auditeur se sent déséquilibré. Mais avec un certain recul tout se tient, la musique donne forme et couleur aux poèmes.
Avec cet album je voulais faire une fusion entre le jazz et la chanson, mais il en est ressorti des impressions sur la couleur du vent.
Composition et arrangements — Karen Young
Partitions — Bill Mahar, Karen Young
MUSICIENS
Jennifer Bell — saxophone soprano, flûte, clarinette
Jean Derome — flûte, flûte basse, saxophone alto
Kelsley Grant — trombone
Jim Hillman — batterie
Norman Lachapelle — basse
Frank Lozano — saxophone soprano et tenor, clarinette basse, flûte alto
Bill Mahar — trompette, flugel
Sylvain Provost — guitare
Jocelyn Veilleux — cor français
SON
Enregistré au Studio Fast Forward et Studio URSH
Prise de son — Barney Beninger, Jean Lacasse, Antoine Jobin
Mixage — Barney Beninger, Karen Young, Jean Lacasse, Denis Cadieux
Matriçage — Renée Marc-Aurèle, Studio SNB
POCHETTE
Graphisme et photographies — Susan Valyi
Photographies de spectacles — Michel Pinault
La Couleur du Vent
Claude Côté, Voir
On connaît déjà la contribution considérable de Karen Young au patrimoine des thèmes jazzistiques. Mais sa nouvelle passion, c'est la chanson, cette vieille flamme francophile que Young convoitait comme une fantaisie inachevée. Elle s'y adonne enfin pleinement avec La Couleur du Vent, son septième compact sur l'étiquette maison URSH. À la manière d'une Jane Birkin, Young y arrondit, sans pudeur ni retenue, les contraintes du phrasé français d'une déconcertante façon.
“Avec cet album, dévoile-t-elle au cours de notre entretien, je voulais faire une fusion entre le jazz et la chanson, mais il en est ressorti des impressions, des nuances, des textures... rien de jamais défini. S'il fallait qualifier cette musique, je dirais qu'elle est impressionniste.”
Et impressionnante, ajouterions-nous; une musique faite de climats incertains et de zones nébuleuses, clairement inspirée de l'oeuvre de deux grands impressionnistes du jazz, Gil et Bill Evans. Mêmes coups de pinceaux chatoyants du côté des cuivres et une facture à la fois moderne et aérienne, comme si l'on avait tenté d'arranger des nuages... “C'est comme si c'était des voix humaines, précise-t-elle en parlant des cuivres. Cela donne beaucoup de couleur à la musique.”
Mais l'attrait principal de La Couleur du Vent [...], ce sont les textes. Pas ceux de Félix ou Nelligan, Rivard ou Ducharme, comme on aurait pu le croire dans cette oeuvre qui relève de l'hommage, mais ceux d'écrivains méconnus en dehors des cercles littéraires. On y croise Hélène Monette (La Tempête), Marie-Hélène Montpetit (Vers le couchant), Francine Hamelin (La Paix de ce jardin et Voici le vent), Michel X Côté (Quelle amoureuse), et, non le moindre, Gilles Vigneault, indéfectible admirateur de la chanteuse anglophone.
“J'ai d'abord lu leurs textes sans aucun a priori, sans même savoir quels genres de musique s'y colleraient, explique Karen. J'ai dû travailler 10 heures par jour à la recherche de patterns musicaux, de couleurs qui feraient honneur à leurs mots. [...] J'ai choisi ces textes un peu comme un papillon qui se promène d'une fleur à l'autre. Dans le cas d'Hélène, c'est l'amie d'une amie qui me l'a présentée; alors que pour Gilles Vigneault, c'est notre bassiste commun, Norman Lachapelle, qui a servi d'entremetteur.”
Le cas de Vigneault nous vaudra d'ailleurs une belle anecdote: “Après qu'il m'eut envoyé trois recueils de poésie, confie-t-elle, il nous a invités chez lui. On était au mois de novembre; et, alors que nous longions le bord de l'eau à l'approche de sa résidence, une volée d'oies - quelques centaines - passa en rase-mottes au-dessus de la voiture. C'était euphorique. Une fois arrivée chez lui, coup du destin, mes yeux se sont arrêtés sur le poème Les Oies. J'ai sauté dessus. Et, me regardant de ses yeux bleus pétillants, Vigneault m'a dit: "Tu sais, Karen, l'ancien chasseur du poème, c'était moi.”
Élégance et élévation
Francine Charette , Club-Culture
Nous avons eu le plaisir de découvrir plusieurs facettes de la talentueuse Karen Young — jazz, ballades, chants du monde, contemporain, blues, country et j’en passe.
Aujourd’hui elle nous invite dans un univers thématique d’exploration. Toutes les pièces ont la signature Karen Young en collaboration avec Marie-Hélène Monpetit, Francine Hamelin, Hélène Monette, Michel X. Côté et Gilles Vigneault lequel a participé à 5 compositions.
Textes poétiques sur des musiques aux couleurs multiples, Karen Young nous invite à voyager avec le vent. Le vent d’hiver, la brise estivale, le jour et le temps, au soleil couchant... Et derrière ces mots, une spiritualité douce et calme. Elle s’est entourée de très bons musiciens: Norman Lachapelle, Frank Lozano, Sylvain Provost, Jim Hillman, Jean Derome, Bill Mahar, Jennifer Bell, Jocelyn Veilleux, Kelsey Grant. Une belle fusion Jazz — impressionnisme et poésie québécoise. Une approche très contemporaine:
Planète: clarinette et piano. Diatonique et chromatique. L’effort est louable et la brèche musicale explore des avenues nouvelles.
La couleur du vent: plus jazzée, la voix y est intégrée comme un autre instrument... structure musicale plus serrée. Elle me fait penser à Chick Corea... (très aérien).
Quelle a moureuse: une trompette lassive, douce et sensuelle. En réponse, un saxophone gracieux et habile. La voix de Karen Young souligne la ligne mélodique sans forcer, toujours en harmonie. Elle possède une technique enviable et une texture fluide qu’elle a développée tout au long des années.
Voici le vent: proche de “Planète” — contemporaine, vivante, des moments de dissonnaces et des contrastes frappants.
La tempête: une construction peu orthodoxe mais intéressante par l’expansivité qu’elle suggère.
L’été: un peu Satien, des couleurs harmoniques inspirées, des rénescences de grands compositeurs Russes... Encore une fois, une légèreté.
Les oies: emphase sur la modulation, la fluidité, la délicatesse et l’envol. Une musique coulante et lyrique. Parfois, elle murmure...
Le passant: une trompette dans la nuit —Miles Davis— atmosphère mystérieuse.
Vers le couchant: quand on pense au crépuscule, on pense à la tranquilité, le silence, la paix. Le soleil embrase le ciel et disparaît, laissant la nuit pénétrer... Nous avons une musique inspirante, plus mélodique et invitante —une flûte traversière planante...
Cette musique qui nous apparaît non amicale, donne à chaque pièce sa propre identité avec une signature sonore et structurelle, propre à Karen. Ses albums sont des aventures collectives auxquelles se greffent des artistes intéressés à trouver différentes façons —interactions— de fusionner tous les éléments. Un travail inventif ! À remarquer, peu de jeux de batteries ou percussions. Les instruments à vent prédominent.
Karen Young ne se gargarise pas du “tout fait” ou du “déjà vu”. À mon avis, elle fait beaucoup pour faire évoluer en même temps la voix, la chanson et le genre musical. Elle fait se rencontrer des musiciens, des paroliers poètes, des compositeurs et les convient à des expériences nouvelles. Un beau travail !