Ame, Corps et Désir
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Âme, Corps et Désir

Âme, corps et désir est un petit bijou rarissime, tissé avec ô combien de finesse et de sensibilité. À cajoler et à sortir les jours sombres, pour chasser les nuages.”

Walter Boudreau, Directeur artistique de la Société de Musique Contemporaine du Québec, classant Âme, corps et désir dans le Top 3 pour le Guide d'achats 2007-Musique Classique, du magazine Voir

Âme, corps et désir est de ces disques qui nous récompense en frissons au fur et à mesure qu’on en apprivoise toutes les audaces. Parions que Guillaume de Machaut (1300-1377), le compositeur et poète iconoclaste qui a inspiré ce projet, aurait vu en Karen Young une digne héritière spirituelle.”

Dominique Denis, l'Express de Toronto

Karen Young ****1/2 — Longtemps associée au jazz, la chanteuse Karen Young explore avec passion la fusion entre l'ars nova et le jazz. Depuis Canticum Canticorum (2000), l'univers des troubadours tels Guillaume de Machaut, Francesco Landini n'a plus de secrets pour elle et ce nouveau disque, fort ambitieux, vous réjouira.”

Christophe Rodriguez, Le Journal de Montréal

“Karen Young offre sur son dernier album un hommage bien senti aux compositeurs de l'Ars Nova du XIVe siècle. Une mise à jour très réussie. ”

Réjean Beaucage, Voir


Présentation

L'ars nova marque une révolution dans l'écriture et l'expression de la poésie et de la musique. Ma fascination pour le Moyen-Âge m'a fait découvrir cet “art nouveau” qui, banni par l'Église de l'époque, fut promu par les poètes et troubadours du XIVe siècle. En France, le plus illustre de ces troubadours fut sans doute Guillaume de Machaut (1300-1377); en Italie, Francesco Landini (1325-1397).

C'est dans les années '80, à la bibliothèque de l'Université de McGill, que j'ai eu la chance d'écouter et de consulter des dizaines de partitions de musique de cette époque. La musique de Machaut, innovante et complexe, m'avait alors particulièrement émue. Mon histoire musicale personnelle étant principalement une aventure jazz, j'ai décidé de tenter une fusion entre ce jazz et l'ars nova, fusion dans laquelle les chants à trois voix, voix classiques et voix jazz, se marient à une section rythmique jazz et à des improvisations. J'ai voulu demeurer fidèle au style “hoquet” — où les voix parsemées de silences se partagent la mélodie — afin d'accentuer les rythmes, tout en laissant de côté le vibrato pour ne pas enterrer les mélodies et les ornementations. J'ai aussi voulu que la basse accentue les modes et que, sans obscurir les polyphonies complexes de l'ars nova, elle crée avec la batterie une atmosphère dans laquelle les voix prennent leur envol.

Ce projet est un hommage à Guillaume de Machaut, le dernier troubadour, la “fleur des fleurs”, star du XIVe siècle qui a voué sa vie aux femmes et au Dieu qui les a créées. Une grande partie des compositions réunies ici sont de lui. Sa poésie, fidèle aux troubadours et chevaliers de l'époque, décrit l'amour et le désir, objets inatteignables et sources de la beauté et de l'art. En écrivant fantaisies et variations sur ses thèmes, j'ai comme le sentiment d'avoir vécu une “'aventure” musicale avec lui. Le titre Âme, corps et désir provient de sa chanson Ploures dames, peut-être le chant du cygne de l'esprit chevaleresque de Machaut et du Moyen-Âge.


CD1 — Ongni delecto

  1. Ciaramella, me dolce ciaramella (Antonius “Zacarado” de Teramo)
  2. Questa fanciull'amor (Francesco Landini)
  3. Per tropo fede talor se perigola (Anonimo)
  4. Che pene è quest'al cor (Francesco Landini)
  5. Santo d'amor la fiamma (Lorenzo de Firenze)
  6. Donna s'i t'o fallito (Francesco Landini)
  7. In verde prato a padilglon tenduti (Jacopo da Bologna)
  8. Ongni dilecto e ongni bel piaccierre (Magister Piero)
  9. Gram piant'agli ochi (Francesco Landini)
  10. Interlude (Éric Auclair, Pierre Tanguay)
  11. Andray Soulet (Matteo da Perugia)

CD2 — Âme, corps et désir

  1. Mes esperis se combat à Nature (Guillaume de Machaut)
  2. Interlude 1 (Éric Auclair, Pierre Tanguay)
  3. Le Lay de la Fonteinne (Guillaume de Machaut)
  4. Dame mon coeur en vous remaint (Guillaume de Machaut)
  5. Interlude 2 (Éric Auclair, Pierre Tanguay, Karen Young)
  6. Biauté que toutes autres pere (Guillaume de Machaut)
  7. Navay del (Josée Lalonde, Pierre Tanguay, Mohammad Arghandeh)
  8. Abundance de felonnie (Jehan de Lescurel)
  9. Sanz cuer m'en vois, dolens and esploures (Guillaume de Machaut)
  10. La harpe de melodie (Jacob de Senleches)
  11. Amours me fait désirer (Guillaume de Machaut)
  12. Interlude 3 (Éric Auclair, Pierre Tanguay, Karen Young)
  13. Ploures dames (Guillaume de Machaut)
  14. Épilogue, extrait de l'Agnus Dei de la Messe de Nostre Dame (Guillaume de Machaut)

Arrangements, voix — Karen Young

Arrangements, instruments — Karen Young, Éric Auclair, Pierre Tanguay
(Arrangements pour Abundance de felonnie et Navay del — Josée Lalonde, Pierre Tanguay)

Partitions — Karen Young, Josée Lalonde

VOIX
Dan Cabena — contre-ténor
Marcel de Hêtre — ténor
Josée Lalonde — alto
Karen Young — mezzo
Phil Dutton — ténor (CD1: 6)
Normand Richard — baryton (CD2: 8, 11, 14))
Carole Therrien — soprano (CD2: 8, 11, 14)

MUSICIENS
Éric Auclair — basse électrique, contrebasse et contrebasse percussive
Pierre Tanguay — batterie et percussions
Sylvain Provost — guitare (CD1: 2, 7)

SON
Enregistré au Studio 270
Prise de son — Robert Langlois, Bernard Grenon
Mixage — Karen Young, Robert Langlois, Éric Auclair
Matriçage — Guy Hébert, Karisma

POCHETTE
Graphisme — Susan Valyi
Photographie — Michel Pinault

MERCI À:
          

Âme, Corps et Désir sur Youtube !

Critiques

Karen Young entre l'âme et la chair
Dominique Denis, L'Express de Toronto

Depuis plus de trente ans, la chanteuse montréalaise Karen Young défriche des sentiers nouveaux en marge de ceux auxquels le jazz vocal nous a habitué. Si elle demeure relativement marginale aux yeux des fans de Harry Connick et Diana Krall, ce sont les amoureux de jazz comme musique exploratoire qui sortent gagnant de ce parti prix intègre.

Avec Âme, corps et désir (Ursh/Sélect), qui se veut une manière de prolongement de l’ambitieux Cantique des cantiques, elle renoue avec cette entreprise de fusion entre le jazz et l’ars nova (“art nouveau”) médiéval, réconciliant le XIVe et le XXIe, la partition et l’improvisation, l’âme et la chair.

Ancrant ses envolées polyphoniques tantôt dans une pulsion jazz, tantôt dans des guitares rock, cette habituée du Studio de musique ancienne de Montréal nous rappelle que l’ars nova n’était pas, dans son essence, une musique purement eurocentrique. Par moments, en effet, les envolées de Karen doivent plus aux chants d’extase soufis qu’à une tradition européenne. Il est aisé de comprendre ce qui, dans cette musique, avait pu pousser le Vatican à en bannir la diffusion.

S’il peut dérouter lors de l’écoute initiale, Âme, corps et désir est de ces disques qui nous récompense en frissons au fur et à mesure qu’on en apprivoise toutes les audaces. Parions que Guillaume de Marchaut (1300-1377), le compositeur et poète iconoclaste qui a inspiré ce projet, aurait vu en Karen Young une digne héritière spirituelle.


Karen Young
Perpétuel renouvellement

Réjean Beaucage, Voir

Les fans de Karen Young pourraient avoir une surprise en découvrant le nouvel album double qu'elle vient tout juste de faire paraître, mais c'en sera une bonne. Si, bien entendu, la chanteuse est surtout connue pour son talent pour le jazz, elle n'est pas du genre à se confiner à un seul style, comme elle le prouvait en se joignant aux musiciens de la Société de musique contemporaine du Québec en 2006, par exemple.

C'est aussi pour cette raison qu'au début des années 80, la chanteuse fouillait les rayons de la bibliothèque de musique de l'Université McGill: “J'y allais une fois par semaine pour écouter des disques et copier des partitions. J'avais commencé à chanter avec le Studio de musique ancienne de Montréal et nous faisions beaucoup de musique de la Renaissance, que j'adorais, alors je voulais mieux la connaître.”

Cet amour de la musique de la Renaissance et de la musique médiévale s'est manifesté une première fois en 2000 sur le disque Canticum canticorum, par des arrangements qui incorporaient le chant grégorien, mais en fusion avec une bonne dose de jazz: “Le violoniste Helmut Lipsky y était pour beaucoup, explique Karen Young, et mes arrangements vocaux étaient aussi assez jazzés. Mais je trouve qu'il y a plus de jazz dans mon dernier album, même si ce sont des oeuvres de musique ancienne.”

On trouve sur cet album des oeuvres italiennes (disque 1) et françaises (disque 2) du XIVe siècle, le disque français étant tout entier consacré au maître de l'Ars Nova Guillaume de Machaut (1300-1377). Et... c'est jazz? “Pour moi, Guillaume de Machaut est le premier jazzman! Brubeck a aussi déjà dit qu'il considérait ça comme du jazz médiéval. Les musiciens de jazz que je connais aiment ça et, au lancement du disque, deux spécialistes de musique ancienne m'ont dit avoir beaucoup aimé, alors je pense que, peut-être, les puristes y trouveront à redire, mais dans l'ensemble, je suis très heureuse de la réception. Moi, je ne suis ni puriste, ni musicologue, mais j'ai un véritable amour pour cette musique.”

La “chanteuse de jazz” est appuyée sur ce disque magnifiquement réalisé par six autres voix (généralement dans des arrangements à quatre), mais aussi par le contrebassiste Éric Auclair et le percussionniste Pierre Tanguay, qui prouve une fois de plus ici son extrême polyvalence et sa capacité de remplir l'espace avec le timbre et la retenue appropriés. Le guitariste Sylvain Provost, que l'on verra dans un nouveau trio axé sur les standards avec Karen Young, ajoute aussi sa touche sur deux pièces (on en aurait pris d'autres!)...


Karen Young
Âme, corps et désir

Charles Bolduc, Canoe

Ce qu’on voit d’emblée dans ce nouvel album de Karen Young, son douzième album en quelque 35 ans de carrière, c’est le fruit d’une recherche remarquable sur les plus grands poètes et troubadours du XIVe siècle. D’une passion, devrait-on dire plus exactement, car la principale intéressée nous avoue s’être plongée dans l’Ars nova, période musicale innovante et complexe, par pur plaisir.


Karen Young à L'Anglicane
Une collaboration de René d'Antoine, quebecinfomusique.com

3 juin 2008 — J'ai assisté pour vous, le 17 mai dernier, au concert de Karen Young dans la magnifique enceinte de L'Anglicane de Lévis. Quelle belle soirée! La merveilleuse artiste était accompagnée de deux excellents musiciens. Pierre Tanguay à la batterie nous a offert un spectacle de performance très intéressant ainsi qu'Éric Auclair à la contrebasse. Il faut ajouter à cela les voix splendides de l'alto Josée Lalonde et du haute-contre Dan Cabena qui ne passent pas inaperçues.

Dans ce concert fusion entre le jazz et l'ars nova, le chant harmonisé à trois voix était franchement époustouflant de beauté et de précision. J'ai eu un coup de coeur pour cette musique du 14e siècle et j'ai pu ainsi découvrir le compositeur Guillaume de Machaut et le style “hoquet”, où les voix truffées de silences se partagent la mélodie et ponctuent les rythmes. Traitée de la sorte avec un professionnalisme de grande classe, Karen a bâti pour nous un pont très élégant entre la musique médiévale, celle de la Renaissance et la modernité du jazz.

Une belle surprise en cette soirée printanière. Mémorable!